Je m'appelle Paola Porcelluzzi et je suis diététicienne agréée et stagiaire bénévole de troisième cycle à l'hôpital pour enfants Bambino Gesù, à Rome, en Italie. Mon travail porte sur la nutrition pédiatrique et la santé métabolique, avec une expertise particulière sur l'obésité infantile, le diabète de type 1 et les troubles endocriniens dans un cadre clinique multidisciplinaire.
À quoi ressemble une journée de travail type pour vous ?
Mon travail s'est d'abord concentré sur l'évaluation et la gestion des enfants souffrant d'obésité. J'ai été impliquée dans le conseil nutritionnel, l'évaluation anthropométrique et de la composition corporelle, et l'interprétation des données métaboliques, travaillant au sein d'une équipe multidisciplinaire pour concevoir des plans d'intervention centrés sur la famille. Actuellement, je suis en formation au sein de l'unité de diabétologie et d'endocrinologie, où j'assiste les médecins et les diététiciens dans le traitement des enfants et des adolescents atteints de diabète de type 1 et de troubles endocriniens. Cette expérience a élargi ma perspective clinique, me permettant de mieux comprendre la complexité métabolique sous-jacente aux conditions pédiatriques et d'intégrer les soins nutritionnels dans un cadre endocrinien plus complet.
Qu'est-ce qui a suscité votre intérêt pour le domaine de l'obésité ?
Mon intérêt pour l'obésité s'est développé progressivement au cours de mon parcours universitaire, mais il a pris tout son sens lors de mon master en alimentation et santé à l'université de Padoue. C'est à ce moment-là que j'ai cessé de considérer l'obésité comme un simple problème d'excès de poids et que j'ai commencé à comprendre sa complexité profonde.
J'ai réalisé que l'obésité n'est jamais une simple question d'alimentation ou d'activité physique. Elle reflète l'interaction entre la biologie, la psychologie, la dynamique familiale et l'environnement.
En même temps, j'ai toujours été très attachée au concept de prévention, non seulement de l'obésité, mais aussi des maladies chroniques en général. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles j'ai été attirée par la nutrition pédiatrique. Je crois fermement qu'une intervention précoce est essentielle : la prise en charge de la surcharge pondérale ou des premiers signes de déséquilibre métabolique pendant l'enfance peut modifier de manière significative les trajectoires de santé à long terme.
Grâce à des liens avec la Société italienne de l'obésité (SIO) et l'Association européenne pour l'étude de l'obésité (EASO), j'ai ensuite eu l'occasion de m'engager auprès de l'hôpital pour enfants Bambino Gesù, où j'ai pu traduire cet intérêt académique en expérience clinique pratique.
Quel outil, méthode ou astuce facilite votre vie professionnelle et que vous aimeriez que tout le monde connaisse ?
L'entretien motivationnel (EM) est une méthode que j'aimerais que tous les professionnels de la santé connaissent. Développé par Miller et Rollnick et largement soutenu par la recherche en médecine comportementale, l'entretien motivationnel est une approche de conseil centrée sur le patient, conçue pour renforcer la motivation intrinsèque au changement, ce qui est essentiel lorsqu'on travaille avec des maladies chroniques.
Ce que j'ai appris, c'est que les familles savent souvent déjà ce qu'elles “devraient” faire. Ce dont elles ont vraiment besoin, c'est d'un soutien pour comprendre comment et pourquoi opérer ces changements dans leur propre réalité quotidienne. Le véritable changement se produit lorsque nous les aidons à explorer leurs propres raisons de changer et à s'y préparer ensemble.
L'entretien motivationnel permet de ne plus se contenter de prescrire des comportements, mais de comprendre l'ambivalence, les obstacles et la motivation personnelle. Au lieu de dire aux familles ce qu'elles doivent changer, elle les aide à identifier des mesures réalistes et durables qu'elles se sentent prêtes à prendre. D'après mon expérience, cette approche réduit les résistances, renforce l'alliance thérapeutique et favorise un changement de comportement durable plutôt qu'une observance à court terme. En particulier dans les soins pédiatriques, où les parents et les enfants sont impliqués, l'IM transforme la conversation de “ce que vous devriez faire” à “ce que nous pouvons changer ensemble de manière réaliste”.
Quel a été le projet le plus gratifiant ou le plus passionnant sur lequel vous ayez travaillé ?
Le projet le plus gratifiant sur lequel j'ai travaillé jusqu'à présent est le projet RESILIENT à l'hôpital pour enfants Bambino Gesù, qui a constitué la base de ma thèse de maîtrise. Le projet se concentre sur les enfants âgés de 6 à 12 ans souffrant d'obésité et évalue les effets d'un traitement intensif de style de vie sain et comportemental (IHBLT), intégrant des composantes nutritionnelles, comportementales, cognitives et métaboliques.
Ce qui a rendu ce projet particulièrement significatif pour moi, c'est son approche multidimensionnelle. Il ne traitait pas l'obésité comme un simple problème de poids, mais comme une condition complexe impliquant des marqueurs métaboliques, des comportements alimentaires dysfonctionnels et une dynamique familiale. Ma participation au processus d'évaluation m'a permis d'intégrer les mesures anthropométriques, les marqueurs métaboliques et les questionnaires psychologiques tels que le questionnaire sur les troubles de l'alimentation chez l'enfant (EDQ-C) dans un cadre d'interprétation unique. Cette expérience a changé ma façon d'aborder l'obésité pédiatrique. J'ai réalisé que les chiffres seuls (IMC, taux d'insuline, rapport taille/taille) n'expliquent jamais tout. Le véritable défi consiste à comprendre comment la prédisposition biologique interagit avec la régulation émotionnelle, les pratiques alimentaires des parents et le contexte environnemental.
Il a été particulièrement intéressant d'observer comment une LBEI peut produire des changements significatifs lorsqu'elle est mise en œuvre à un stade précoce et avec une forte implication de la famille. Les améliorations constatées non seulement au niveau des paramètres métaboliques, mais aussi des comportements, m'ont conforté dans l'idée que l'obésité pédiatrique nécessite une prise en charge structurée, multidisciplinaire et fondée sur des données probantes.
Ce projet a confirmé mon engagement en faveur de la nutrition pédiatrique et a renforcé mon intérêt pour les stratégies de prévention précoce qui abordent les dimensions biologiques et psychologiques de l'obésité.
Quel conseil donneriez-vous à celui ou celle qui débute aujourd'hui ?
Je me dirais de ne pas me précipiter vers des réponses rapides dans un domaine qui est intrinsèquement complexe. L'obésité, en particulier chez les enfants, ne peut être simplifiée par des causes uniques ou des solutions rapides. Je me dirais : prenez le temps de comprendre l'enfant qui se cache derrière le diagnostic. La famille derrière le comportement alimentaire. La signification émotionnelle du poids. L'obésité ne se résume pas à un simple apport de calories et à une perte de calories. Et le travail clinique ne consiste pas seulement à donner la bonne recommandation, mais aussi à instaurer la confiance.
Qu'est-ce qui vous enthousiasme le plus dans l'avenir de la recherche sur l'obésité ?
Ce qui m'enthousiasme le plus dans l'avenir de la recherche sur l'obésité, c'est l'évolution croissante vers une compréhension plus intégrée et biologique de la maladie.
Je suis particulièrement inspirée par les avancées en matière de prévention précoce. Les données issues de l'épigénétique et de la programmation du développement suggèrent que le risque métabolique commence bien plus tôt qu'on ne le pensait, avant même la naissance. Comprendre comment les facteurs de la vie précoce façonnent la régulation métabolique à long terme ouvre la voie à des interventions plus efficaces et plus opportunes.
Je pense également que l'avenir réside dans le rapprochement de la science métabolique et des modèles de soins psychologiques et familiaux. La régulation de l'appétit, les réponses au stress et les processus émotionnels sont profondément liés. Un traitement durable devra intégrer ces dimensions plutôt que de séparer la biologie du comportement.
Ce qui m'enthousiasme vraiment, c'est que la recherche pédiatrique joue un rôle de plus en plus central dans cette évolution. Si nous pouvons intervenir plus tôt, sur le plan biologique et comportemental, nous pouvons modifier les trajectoires de santé à long terme au lieu de nous contenter de gérer les complications à l'âge adulte.
Où vous voyez-vous dans cinq ans ? Quel est votre projet ou poste de rêve ?
Dans cinq ans, je me vois travailler dans une unité pédiatrique spécialisée. J'aimerais rester dans cet espace où les données informent la pratique et où l'expérience clinique soulève de nouvelles questions de recherche. Mon projet de rêve porterait sur l'identification précoce des phénotypes à haut risque chez les enfants atteints d'obésité - en intégrant les marqueurs métaboliques, les profils de comportement alimentaire et la dynamique familiale pour concevoir des interventions plus adaptées et centrées sur la famille. Parallèlement, j'espère approfondir mon expertise en diabétologie et en endocrinologie pédiatriques, car il est essentiel de comprendre la régulation métabolique à un niveau plus profond si nous voulons intervenir efficacement et précocement.
Quels types de projets ou d'initiatives vous intéresseraient le plus dans le cadre d'une collaboration avec d'autres membres du RCE ?
Je serais particulièrement intéressée par une collaboration à des projets axés sur l'obésité pédiatrique et la santé métabolique. Je suis très intéressée par la recherche explorant la relation entre les comportements alimentaires dysfonctionnels, la régulation émotionnelle et les résultats métaboliques chez les enfants et les adolescents. Je suis particulièrement fascinée par les études examinant les voies neurobiologiques et métaboliques qui sous-tendent l'obésité pédiatrique, y compris la façon dont les processus inflammatoires, l'hyperinsulinémie ou les altérations des circuits de récompense peuvent influencer la régulation de l'appétit et les trajectoires de poids à long terme.
Y a-t-il autre chose que vous aimeriez que l'ECN sache à votre sujet ?
J'aimerais que l'ECN sache que mes expériences cliniques et académiques ont façonné un engagement fort à traiter l'obésité pédiatrique et les troubles métaboliques avec rigueur scientifique, empathie et une perspective à long terme. Je suis particulièrement intéressée par le renforcement des stratégies de dépistage précoce en intégrant l'évaluation comportementale et métabolique dans les soins pédiatriques de routine, dans le but d'améliorer la prévention et les résultats à long terme.
Je suis naturellement curieuse et motivée pour explorer les mécanismes sous-jacents plutôt que de m'arrêter à des explications superficielles. Dans la pratique clinique comme dans la recherche, je cherche à comprendre pourquoi les interventions sont efficaces et comment elles peuvent être optimisées pour fournir des soins plus précis et plus significatifs.
L'obtention d'un master international à l'université de Padoue a renforcé mon intérêt pour le travail dans des environnements multiculturels et interdisciplinaires. Je suis convaincue que des progrès significatifs dans les soins de l'obésité dépendent de la collaboration entre les disciplines et les pays, en combinant diverses perspectives scientifiques et cliniques.
Au fond, j'apporte une approche réfléchie et centrée sur le patient, ainsi qu'un sens aigu des responsabilités pour améliorer la qualité et l'efficacité des soins de l'obésité pédiatrique. Au fond, ce que j'apporte, c'est une approche réfléchie, centrée sur le patient, et la conviction que l'obésité pédiatrique mérite d'être traitée à la fois avec précision scientifique et sensibilité humaine.
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Courriel : paola.porcelluzzi.dietista@gmail.com